APPLE IIE
PRÉSENTATION
L’Apple II
IIe, IIc et IIGS — Histoire, matériel et parc logiciel
1. L’Apple II : le point de départ
Concu par Steve Wozniak et commercialisé le 10 juin 1977, l’Apple II est l’un des premiers ordinateurs personnels fabriqués à grande échelle. C’est cette machine qui a posé les fondations de l’industrie du micro-ordinateur. Grâce à son architecture ouverte (huit slots d’extension, clavier intégré, affichage couleur), elle a su séduire les particuliers, les entreprises et, surtout, les écoles américaines.
1.1 Pourquoi l’Apple II a changé le monde
Le lancements de VisiCalc en 1979 — le tout premier tableur pour ordinateur personnel — a transformé l’Apple II en outil professionnel indédispensable. Les entreprises achetaient la machine uniquement pour exécuter ce logiciel. En même temps, un partenariat avec la société MECC a fait de l’Apple II le premier ordinateur en usage massif dans les écoles américaines. À la fin de 1980, plus de 100 000 unites avaient déjà été vendues.
1.2 Les trois générations : IIe, IIc, IIGS
Au cours des années 1980, Apple a evolué la ligne Apple II en trois modeles majeurs, chacun représentant une étape décisive. L’Apple IIe (1983) a été le cheval de bataille, l’Apple IIc (1984) l’essai de portabilité, et l’Apple IIGS (1986) le sommet technologique. Entre 1977 et 1993, environ 6 millions d’ordinateurs Apple II et IIGS ont été vendus au total.
2. L’Apple IIe (1983) : l’ordinateur de référence
Lancé en janvier 1983, l’Apple IIe (« e » pour « enhanced », « amélioré ») est l’un des ordinateurs les plus réussis de l’histoire d’Apple. Il a été fabriqué et commercialisé pendant près de 11 ans avec très peu de modifications, un record de longévité pour Apple. Son nom de code interne était « Diana ».
2.1 Contexte historique
Entre 1979 et 1983, l’Apple II original et l’Apple II Plus n’avaient pas été renouveles. Apple avait tenté avec l’Apple III (1980) de conqurir le marché professionnel, mais ce modele avait échu pour des raisons de fiabilité. Le IIe était donc une tentative de retour à la source : améliorer l’Apple II en integ rant les innovations de l’Apple III tout en gardant la compat ibilité avec l’ensemble du logiciel existant.
2.2 Spécifications techniques
| Composant | Spécification | Remarques |
| Processeur | MOS Technology 6502 (1,023 MHz) | 8 bits — même que l’Apple II original |
| Mémoire vive | 64 Ko (extensible à 128 Ko) | 128 Ko avec carte 80 colonnes étendue |
| ROM | 32 Ko | BASIC, assembler, options intégrés |
| Slots d’extension | 7 slots propriétaires + 1 slot auxiliaire | Le slot auxiliaire pour la carte 80 colonnes |
| Disquette | Optionnelle, 5,25″ × 140 Ko | Via carte contrôleur Disk II |
| Graphique | 40/80 colonnes × 24 lignes texte | Hi-Res : 280×192 (6 couleurs), Double Hi-Res : 560×192 |
| Clavier | Full-size avec majuscules/minuscules | Claves Open-Apple et Solid-Apple (nouveau) |
| Son | Haut-parleur mono 1 bit | Son généré par basculer une broche du haut-parleur |
| Ports | Joystick/paddle (DE-9), casssette | Périphériques via slots d’extension |
| Alimentation | Interne | Dans le boîtier beige « Fog » |
| Systèmes d’exploitation | DOS 3.3 puis ProDOS (1984) | ProDOS issu du système SOS de l’Apple III |
| Prix initial | 1 395 $ | Soit environ 4 000 $ actuels |
2.3 Innovations par rapport à l’Apple II Plus
Le IIe a représente une évolution considerable par rapport à ses prédécesseurs. Pour la première fois, les minuscules étaient affichées natvement à la place des majuscules. La mémoire bancée permittat d’atteindre 128 Ko au lieu du classique 48 Ko. Walt Broedner, un ingénieur d’Apple, a mis au point une technique brillante : en écrêtant la mémoire en deux banques paralleles (mémoire principale et « auxiliaire »), il obtient à la fois l’affichage 80 colonnes et le doublement de la RAM, avec peu d’élément supplémentaire.
2.4 Versions successives du IIe
| Version | Caractéristiques principales |
| IIe original (janvier 1983) | 6502, 64 Ko, revision A de la carte mère |
| IIe Revision B (1983–1984) | Ajout du mode Double Hi-Res (560×192), signal vidéo slot 7 |
| Enhanced IIe (mars 1985) | Processeur 65C02, nouvelles puces CD/EF ROM, vidéo ROM |
| Platinum IIe (janvier 1987) | Boîtier platinum/gris, pavé numériqu intégré, layout clavier IIGS/Mac SE |
2.5 Points forts et points faibles
Le IIe était extrêmement rentable pour Apple : il se vendait à trois fois son coût de fabrication. En mai 1983, il se vendait entre 60 000 et 70 000 unités par mois, soit le double des ventes moyennes du II Plus. Sa popularité en milieu éducatif ne se démentit jamais. En revanche, ses graphiques restaient limités à 6 couleurs en Hi-Res, et le manque d’un processeur plus rapide ou d’un son digné lui interdisait de rivaliser avec les machines de la génération suivante comme l’Amiga ou l’Atari ST.
3. L’Apple IIc (1984) : le « portable »
Présenté le 24 avril 1984 lors de la conférence « Apple Forever » à San Francisco, l’Apple IIc (« c » pour « compact ») était la première tentative d’Apple de créer un ordinateur portable. Pesant seulement 3,4 kg, il était conçu comme une machine « plug and play » : rien à assembler, rien à configurer. Son nom de code interne était « Lolly ».
3.1 Contexte historique
En avril 1984, Apple était au céntre de l’attention pour le lancement du Macintosh quelques mois plus tôt. Le IIc était un produit distinct, ciblé sur les utilisateurs first-time et l’éducation. Apple était ambitieus : ils dressa ient un grand événement avec Jean Sculley, CEO d’Apple à l’époque, où chaque participant reçoit un IIc pour le toucher de main.
3.2 Spécifications techniques
| Composant | Spécification | Remarques |
| Processeur | MOS 65C02 (1,023 MHz) | Version améliorée du 6502, plus d’instructions |
| Mémoire vive | 128 Ko (extensible jusqu’à 1 Mo) | Extension via socket interne (versions tardives) |
| ROM | 32 Ko | Support de la souris et minuscules en BASIC |
| Slots d’extension | Aucun | Système fermé — everything intégré sur la carte mère |
| Disquette | 1× 5,25″ 140 Ko intégré | Premier Apple II avec lecteur disquette intégré |
| Graphique | Même modes que le IIe (revision B) | 40/80 colonnes, Hi-Res, Double Hi-Res natif |
| Son | Haut-parleur mono 1 bit | Même limitation que le IIe |
| Ports | 2× série (DIN-5), souris (DE-9), vidéo (D-15) | Modem + imprimante via ports série dédiés |
| Vidéo sortie | Composite NTSC (RCA) + port RGB (D-15) | Modulateur RF fourni pour la télévision |
| Alimentation | Externe (bloc adaptateur) | 18 Watts |
| Dimensions | 6,4 cm H × 30,5 cm L × 29,2 cm P | Poids : 3,4 kg (7,5 lbs) |
| Prix initial | 1 295 $ | Avec ordinateur + adaptateur + manuels + 5 disques |
3.3 Ce qui était intégré sur la carte mère
Le génie du IIc était de compresser sur une seule carte mère l’équivalent de cinq cartes d’extension du IIe : une carte 80 colonnes étendue, deux cartes Super Serial Apple, une carte souris, et un contrôleur de lecteur de disquette. Le résultat était un ordinateur Apple II complet, utilisable immédiatement sans aucun accessoire supplémentaire (hors moniteur).
3.4 Échec commercial et raisons
Malgré sa conception brillante et son prix compétitif, le IIc n’a pas trouvé son public. Les clients de l’époque ne valorisaient pas la compacité : ils la percevaient comme un signe de faiblesse. Un ordinateur petit semblait moins puissant qu’un grand. De plus, l’absence de slots d’extension rendait la machine moins évolutive que le IIe. Apple a même investi dans une publicité télévisée montrant un grand bâtiment dont tout le fonctionnement était géré par un seul IIc, mais ça n’a pas suffi à changer les mentalités.
Le IIc a également remporté le Industrial Design Excellence Award en octobre 1984, pour son design Snow White élabé par frog design.
4. L’Apple IIGS (1986) : le sommet de la famille
Lancé en septembre 1986, l’Apple IIGS (« GS » pour « Graphics and Sound ») était le dernier et le plus puissant membre de la famille Apple II. Il représentait un bond quantique par rapport à ses prédécesseurs : 16 bits, des couleurs, un son de qualité professionnelle. Les premiers 50 000 unités étaient des éditions « Woz », portant la signature de Steve Wozniak sur le boîtier.
4.1 Contexte historique
Le IIGS était né d’un projet éarlier code-named « IIx », qui avait été annulé après des problèmes avec les premiers échantillons du processeur 65816. Le projet avait traversé plusieurs re-nommages : « Phoenix », « Rambo », « Gumby », et « Cortland ». Steve Wozniak lui-même s’était reimmergé dans le projet après son retour à Apple, attrait par les possibilités du 65816.
4.2 Spécifications techniques
| Composant | Spécification | Remarques |
| Processeur | Western Design Center 65C816 (2,8 MHz) | 16 bits, compatible 65C02 en mode émulation |
| Mémoire vive | 256 Ko ou 1,125 Mo (extensible à 8 Mo) | Adressage 24 bits : jusqu’à 16 Mo théoriques |
| ROM | 128 Ko à 256 Ko (extensible à 1 Mo) | Firmware Apple IIGS System Software |
| Slots d’extension | 7 slots Apple II Bus (50 broches) | + 1 slot mémoire dédié (44 broches) |
| Disquette | Contrôleur intégré (IWM) | Support 5,25″ et 3,5″ (UniDisk) |
| Graphique | Super Hi-Res : 320×200 (16 coul.) ou 640×200 (4 coul.) | Palette de 4 096 couleurs ; jusqu’à 3 200 couleurs en mode scan-line |
| Son | Ensoniq ES5503 DOC (32 oscillateurs) | 15 voix stereo, 64 Ko RAM dédiée au son |
| Souris | Intégré via Apple Desktop Bus (ADB) | Premier ordinateur Apple avec bus ADB |
| Ports | 2× série (mini-DIN 8), ADB, vidéo RGB (D-15) | Joystick (DE-9), sortie audio mono 1/8″ |
| Puces spécialisées | MEGA II, VGC, IWM, Ensoniq DOC, Z8530 SCC | MEGA II = Apple IIe entier sur une seule puce |
| Système d’exploitation | GS/OS (dérivé de Mac OS), ProDOS 8 | Interface graphique couleur à la manière du Macintosh |
| Prix initial | 799 $ (256 Ko) / 1 099 $ (1 Mo) | Avec souris incluse |
4.3 Le miracle du son : Ensoniq ES5503
Le point le plus remarquable du IIGS était son puce sonore. Rob Moore, un ingénieur d’Apple, avait poussé pour intégrer la puces Ensoniq ES5503, utilisée dans les synthétiseurs professionnels Ensoniq Mirage et ESQ-1. Cette puces avait été conçue par Bob Yannes, le créateur du fameux puces SID du Commodore 64. Elle pouvait synthétiser 15 voix simultanées en stéréo avec une qualité de son sans précédent dans un ordinateur personnel. Apple lui a réservé 64 Ko de RAM dédiée pour stocker les échantillons.
Le son du IIGS était tellement bon qu’Apple Records (le label des Beatles) a poursuivi Apple Computer en justice en 1989, considérant que l’intégration d’une puces synthétiseur violait leur accord de 1981 visant à rester à lécart du marché musical. Apple n’a jamais à nouveau intégré de synthétiseur matériel dans aucun de ses ordinateurs.
4.4 Graphiques révolutionnaires
Le mode Super Hi-Res du IIGS était une révolution par rapport au Hi-Res de l’Apple IIe. Il permettait d’afficher jusqu’à 16 couleurs par ligne sur une palette de 4 096 couleurs. En changeant la palette à chaque scanline (200 lignes sur l’écran), les programmeurs pouvaient afficher jusqu’à 3 200 couleurs simultanément — une technique comparable à celle de l’Amiga. Ces capacités graphiques étaient dans la même ligue que celles de l’Atari ST.
4.5 Points faibles et limitations
Le principal reproche au IIGS était sa vitesse. Le 65C816 était évalué pour 4 MHz, mais Apple l’a volontairement limité à 2,8 MHz pour s’assurer qu’il ne dépasse pas la moitié de la vitesse du Macintosh. En 1988, après une hausse de prix, un IIGS complet avec moniteur couleur coûtait plus de 3 000 $, alors qu’un Amiga 500 équivalent valait autour de 1 700 $. Le IIGS a été commercialisé jusqu’en décembre 1992, principalement grâce à son usage dans les écoles.
5. Comparaison : IIe vs IIc vs IIGS
| Caractéristique | Apple IIe (1983) | Apple IIc (1984) | Apple IIGS (1986) |
| Processeur | 6502 (1 MHz) | 65C02 (1 MHz) | 65C816 (2,8 MHz) |
| Architecture | 8 bits | 8 bits | 16 bits |
| RAM de base | 64 Ko | 128 Ko | 256 Ko / 1 Mo |
| RAM max. | 128 Ko (ext.) | 1 Mo (ext. tardive) | 8 Mo |
| Slots | 7 + auxiliaire | Aucun | 7 + mémoire |
| Disquette | Optionnelle | Intégré 5,25″ | Contrôleur intégré |
| Graphique max. | Double Hi-Res 560×192 | Double Hi-Res 560×192 | Super Hi-Res 640×200 |
| Couleurs | 6 (Hi-Res) | 6 (Hi-Res) | Jusqu’à 3 200 (SHR) |
| Son | 1 bit (beep) | 1 bit (beep) | Ensoniq 15 voix stereo |
| Souris | Via carte optionnelle | Intégré | Intégré (ADB) |
| GUI | Non (ligne de commande) | Non | Oui (GS/OS, couleur) |
| Format | Bureau | Portable | Bureau |
| Prix initial | 1 395 $ | 1 295 $ | 799–1 099 $ |
| Prod. finée | 1993 | 1990 (IIc+) | 1992 |
6. L’écosystème logiciel
L’Apple II a généré un écosystème logiciel immense sur 16 ans de production. Des tableurs aux jeux vidéo, en passant par les logiciels éducatifs, la richesse du catalogue est ce qui a fait la durée de vie de la plateforme.
6.1 Les systèmes d’exploitation
Le premier OS était Apple DOS (versions 3.1 à 3.3), qui gérait les fichiers sur les disquettes 5,25″. DOS 3.3, sorti en 1980, est resté la version de référence pendant des années. En 1984, ProDOS a fait son apparition, apportant un système de fichiers hiérarchique (issu du SOS de l’Apple III) et le support de périphériques plus grands. ProDOS est devenu le standard pour tous les Apple II modernes. Sur le IIGS, GS/OS offrait une interface graphique couleur inspirée du Mac OS, avec une compatibility complète avec les logiciels 8 bits via ProDOS 8.
6.2 Les « Killer Apps »
- VisiCalc (1979) : Le tout premier tableur pour ordinateur personnel. Il a été créé par Dan Bricklin et Bob Frankston. Ce logiciel a à lui seul vendu des milliers d’Apple II : les entreprises achetaient la machine uniquement pour exécuter VisiCalc. Il a ouvert la voie à Lotus 1-2-3, puis à Microsoft Excel.
- AppleWorks (1984) : Une suite intégrée (traitement de texte, tableur, base de données) qui a dominé le marché Apple II. Elle était particulièrement populaire dans les écoles et les petites entreprises.
- Apple Writer : Le premier traitement de texte d’Apple, très utilisé dans les écoles pour apprendre la dactylographie et la rédaction.
- Bank Street Writer : Un autre traitement de texte très populaire en milieu éducatif, connu pour sa simplicité d’utilisation.
6.3 Les jeux vidéo
L’Apple II a été l’une des plateformes de jeu les plus importantes des années 1980, malgré ses limitations graphiques. La richesse de son catalogue de jeux a fait l’un des piliers du marché vidéoludique émergent.
- The Oregon Trail (1985, MECC) : Un jeu éducatif légendaire qui a fait connaître l’Apple II à une génération d’élèves américains. La phrase « You have died of dysentery » est devenue iconique.
- Prince of Persia (1989) : Un jeu de plateformes révolutionnaire créé par Jordan Mechner. Sa technique de rotoscopy donnait une fluidité de mouvement inégalée pour l’époque.
- Choplifter (1982) : Un classique d’arcade très populaire sur Apple II, plus tard porté sur d’autres plateformes.
- Castle Wolfenstein (1981) : Un jeu de guerre/espionnage créé par Muse Software. Il est considéré comme l’un des premiers jeux de tir à la première personne.
- Mystery House (1980) : Créé par Ken et Roberta Williams (fondateurs de Sierra), ce jeu d’aventure avec des graphiques simplistes a établi le genre « text-and-graphics adventure ».
- Number Munchers / Reader Rabbit : Des logiciefs éducatifs pour enfants qui ont été parmi les plus vendus sur la plateforme.
6.4 Les logiciefs sur le IIGS
Le IIGS a ouvert une nouvelle ère de logiciefs pour la famille Apple II. Grâce à ses capacités graphiques et sonores supérieures, des applications plus sophistiquées ont vu le jour. Le GS/OS offrait une expérience utilisateur proche du Macintosh, et de nombreux développeurs ont créé des programmes exploitant le Super Hi-Res et le son Ensoniq. Le IIGS a également été très utilisé pour la créat ion musicale, grâce à son puces Ensoniq.
6.5 Résumé du parc logiciel
| Catégorie | Logiciel de référence | Impact |
| Tableur | VisiCalc | A créé le marché du tableur personnel |
| Éducation | The Oregon Trail | A fait l’Apple II synonyme d’école |
| Suite bureau | AppleWorks | Standard de productivité sur Apple II |
| Jeu | Prince of Persia | A révolutionné les plateformes de jeu |
| Musique | Apple MIDISynth (IIGS) | A fait du IIGS un workstation musical |
7. Le contexte concurrentiel (1983–1986)
Les années 1983 à 1986 étaient en plein milieu de la guerre des micro-ordinateurs. L’Apple II devait se défendre sur plusieurs fronts simultanément : le marché professionnel (IBM PC), le marché familial/ludique (Commodore 64, Amstrad), et le marché émergent de la génération suivante (Amiga, Atari ST).
| Machine | Année | Point fort | Point faible |
| Apple IIe | 1983 | Écoles, logiciel riche, longévité | Graphique et son limités |
| IBM PC AT | 1984 | Standard professionnel 16 bits | Prix très élevé |
| Commodore 64 | 1982 | SID (son), prix bas, jeux | Peu de logiciefs pro |
| Amstrad CPC | 1984 | Rapport prix/qualité en Europe | 8 bits, marché limité hors Europe |
| Amiga 1000 | 1985 | Graphique + son avancés | Logiciel moins fourni au début |
| Atari 520ST | 1985 | Puissant, bon prix | GUI limité, marché niche |
| Apple IIGS | 1986 | Son pro, couleurs, compat. Apple II | Processeur volontairement limité |
7.1 L’Apple II et les écoles : un empire silencieux
Le vrai empire de l’Apple II s’est construit dans les salles de classe, bien plus que dans les bureaux ou les salons. Apple a mis en place des programmes de vente à prix réduit destinés aux établissements éducatifs, et un partenariat avec la MECC (Minnesota Educational Computing Corporation) a créé une liaison entre les écoles et la plateforme Apple II. En 1987, trois ans après le lancement du Macintosh, la famille Apple II représentait encore plus de la moitié des bénéfices d’Apple. Le IIe a été soutenu par Apple jusqu’en 1996, notamment parce que de nombreux systèmes de jeux vidéo (comme la NES) utilisaient une puces identique à celle du IIe, rendant les tests de compatibilité plus fiables sur cette machine.
8. Le héritage de l’Apple II
La famille Apple II a eu un impact considérable bien au-delà de ses années de production. Elle a créé les conditions pour que l’ordinateur personnel devienne un outil de quotidien dans les écoles, les entreprises, et les foyers.
8.1 L’influence sur Apple elle-même
Le succès de l’Apple II a financié le développement du Macintosh et de la Lisa. Les revenus générés par les ventes Apple II entre 1977 et 1985 ont fourni à Apple les ressources nécessaires pour passer au cap suivant. Plusieurs innovations du IIGS ont préfiguré des technologies futures : le Apple Desktop Bus (ADB) était utilisé sur les premiers Macintosh, et la puces MEGA II (qui représentait un Apple IIe complet sur une seule puces) a été utilisée dans la carte Apple IIe pour le Macintosh LC.
8.2 L’impact culturel
Pour une génération entière d’Américains, leur premier contact avec un ordinateur a été un Apple II dans leur école. The Oregon Trail est devenu un symbole culturel. La popularité de l’Apple II a contribué à normaliser l’idée que chaque école devrait avoir des ordinateurs. Cette culture d’apprentissage informatique dans les écoles est restée un héritage durable.
8.3 Un pont vers l’avenir
Le IIGS en particulier représentait un pont entre l’era 8 bits et l’ère 32 bits. Son architecture 16 bits, ses capacités multimédias, et son interface graphique couleur étaient des préfigures de ce que deviendront les ordinateurs maison à la fin des années 1980. Même si Apple a préféré développer la ligne Macintosh, l’Apple II a montré que l’entreprise pouvait créer des ordinateurs à la fois puissants et accessibles — une philosophie qui reste au cœur de l’identité d’Apple aujourd’hui.
9. Conclusion
L’Apple IIe a été le cheval de bataille : le modele le plus vendu, le plus durable, celui qui a défini ce que pouvait faire un Apple II. L’Apple IIc a été une tentative audacieuse de miniaturisation qui, malgré son échec commercial, a créé un standard de design en son temps. L’Apple IIGS a représenté le sommet technologique, avec un son et des graphiques qui rivalisaient avec les meilleurs ordinateurs du marché — mais à un prix humain : Apple a volontairement limité sa puissance pour ne pas cannibaliser le Macintosh.
Ensemble, ces trois machines étendent la vie de la famille Apple II sur une décennie entière. Elles ont créé un marché logiciel, une génération de programmeurs, et une culture éducative qui a marqué la société américaine. Le 5150 d’IBM a peut-être inventé le « PC » tel qu’on le connaît aujourd’hui — mais c’est l’Apple II qui a d’abord montré que l’ordinateur personnel pouvait être un outil pour tous.