] MACHINESMicro-ordinateurIBM PC 5150

IBM PC 5150

  • FABRICANT IBM
  • TYPE Micro-ordinateur
  • ANNÉE 1981
  • PAYS 🇺🇸 États-Unis
NIVEAU DE RARETÉ
★★☆☆☆
Prix actuel : 300€
DESCRIPTION

PRÉSENTATION

Le 5150 est le tout premier IBM PC (août 1981), celui qui a lancé la lignée. Il y a souvent une confusion entre les deux dans les discussions rétro. Je vais donc te faire une présentation détaillée de l’IBM PC AT 5170 (le vrai « AT » = Advanced Technology).

Contexte historique

  • Date de sortie : août 1984 (annonce officielle le 14 août 1984)
  • Positionnement : machine professionnelle haut de gamme, successeur du 5150 (PC) et 5160 (XT)
  • Objectif : offrir beaucoup plus de puissance pour les applications de gestion, bases de données, CAO naissante, et les premiers réseaux
  • Impact : a créé le standard AT toujours utilisé aujourd’hui (format de boîtier AT, connecteur clavier DIN 5 broches, gestion de la RAM > 1 Mo, etc.)

L’AT a été la machine qui a vraiment fait passer le PC dans le monde des stations de travail légères et des serveurs de fichiers très modestes.

Spécifications techniques principales

ComposantSpécification IBM PC/AT (5170)Remarques / Évolution
ProcesseurIntel 80286 (6 MHz initialement, puis 8 MHz à partir de 1986)16 bits interne, 16 bits externe (bus)
Co-processeur math.Intel 80287 (optionnel)Très utilisé en CAO/finance
Mémoire vive256 ou 512 Ko soudés sur carte mère (modèles de base)Extension jusqu’à 16 Mo (via cartes ISA)
Bus d’extension8 slots ISA 16 bits (6 MHz puis 8 MHz)6 slots longs + 2 courts sur Type 1, évolution ensuite
Disquette1 ou 2× 5,25″ 1,2 Mo haute densité (HD)Double face, 80 pistes, 15 secteurs
Disque dur20 Mo ou 30 Mo MFM (ST-225 ou équivalent)Contrôleur Western Digital ou compatible
ContrôleurWD1003 ou compatible (MFM)Pas encore IDE
GraphiqueCGA de base (option), très rapidement EGA (640×350×16)VGA arrivera après (PS/2)
ClavierModel F AT (84 touches) puis Model M plus tardNouvelles touches : SysRq, Ctrl droit, Alt droit, Esc en haut à gauche
Alimentation192 W (switching)Bien plus puissante que les 63/130 W du PC/XT
RTC / CMOSHorloge temps réel + pile (lithium)Configuration stockée en CMOS (exit les DIP switches !)
PortsSérie ×1, Parallèle ×1, Clavier PS/2 DIN 5 brochesPas de souris PS/2 native (série ou bus)
Systèmes d’exploitationPC-DOS 3.0 / 3.1 / 3.3, MS-DOS jusqu’à 6.22, OS/2 1.x, Xenix, etc.Premier support natif des gros disques >32 Mo

Les différentes versions / évolutions du 5170

  • Type 1 motherboard (1984–1985) → 6 MHz, BIOS du 10/01/84 ou 15/11/85
  • Type 2 motherboard (1985–1986) → toujours 6 MHz le plus souvent
  • Type 3 motherboard (1986+) → passage officiel à 8 MHz, BIOS amélioré

Modèles commerciaux les plus courants :

  • 5170-068 : 256 Ko + 2× 1,2 Mo FD
  • 5170-099 : 512 Ko + 1× 1,2 Mo FD + 20 Mo HD
  • 5170-239 / 339 : versions 8 MHz + 30 Mo HD

Innovations majeures par rapport au 5150/5160

  • Passage au 80286 → mode protégé, adressage jusqu’à 16 Mo
  • Bus 16 bits (au lieu de 8 bits)
  • Disquettes 1,2 Mo (vs 360 Ko)
  • Horloge temps réel + configuration CMOS
  • Clavier beaucoup plus moderne (layout quasi actuel)
  • Alim beaucoup plus puissante → support de disques durs corrects
  • Support natif de disques durs plus gros

Points faibles / critiques de l’époque

  • Le 80286 était déjà considéré comme limité en 1986 (Compaq Deskpro 386 sorti fin 1986)
  • Problèmes de fiabilité du disque dur 20 Mo (taux de panne élevé)
  • Prix très élevé : ~4000–7000 $ selon configuration (≈ 11 000–18 000 € actuels ajustés)
  • Pas de mode 32 bits natif → OS/2 1.x décevant pour beaucoup

Place dans l’histoire

L’IBM PC/AT 5170 est la machine qui a :

  • Fixé le standard AT (boîtier, alimentation, clavier, bus)
  • Popularisé le disque dur dans les bureaux
  • Permis l’essor des premiers logiciels « professionnels » (AutoCAD, dBase III+, Lotus 1-2-3 avancé, etc.)
  • Ouvert la voie aux clones très performants (Compaq, AST, etc.) qui ont tué la suprématie d’IBM

C’est vraiment la machine charnière entre le « micro-ordinateur hobby/business de base » et le PC moderne tel qu’on le conçoit encore aujourd’hui.

L’Écosystème Logiciel de l’IBM PC : La Guerre des OS

Si l’IBM PC AT était une bête de course, il a passé ses premières années coincé dans un embouteillage logiciel. Le passage de l’architecture 8 bits (8088) à 16 bits (80286) a créé une cassure technologique majeure.

1. PC-DOS 3.0 à 3.3 : L’ère de la maturité

Le lancement de l’AT a nécessité une nouvelle version du système d’exploitation : PC-DOS 3.0.

  • Le support matériel : Il devait gérer les nouveaux lecteurs de disquettes 1,2 Mo et les disques durs de grande capacité.
  • Les limites : Malgré la puissance du 80286, le DOS restait un système d’exploitation en « Mode Réel ». Cela signifie qu’il n’utilisait le processeur que comme un 8088 plus rapide, ignorant totalement les capacités de mémoire étendue (au-delà de 640 Ko) pour l’exécution des programmes.
  • Le succès du 3.3 : Sorti un peu plus tard, DOS 3.3 est resté la version de référence pendant des années car elle était la plus stable pour gérer les partitions de disques durs de 32 Mo.

2. L’échec d’OS/2 (Version 1.x)

IBM et Microsoft ont collaboré pour créer OS/2, un système censé remplacer le DOS et exploiter enfin le fameux « Mode Protégé » du 80286.

  • La promesse : Multitâche réel, protection de la mémoire (un programme qui plante n’arrête pas tout le PC) et accès à 16 Mo de RAM.
  • Le problème : Le processeur 80286 avait un défaut de conception majeur : il pouvait passer du Mode Réel au Mode Protégé, mais il ne pouvait pas revenir en arrière sans redémarrer le processeur. Cela rendait l’exécution d’anciennes applications DOS sous OS/2 incroyablement lente et complexe.
  • Le verdict : OS/2 est arrivé trop tard (1987), était trop gourmand en RAM et trop cher. Il a marqué le début du divorce entre IBM et Microsoft.

3. Xenix : Le « UNIX » de Microsoft sur PC

Peu de gens s’en souviennent, mais l’IBM AT était une machine de choix pour Xenix (la version de Microsoft d’UNIX).

  • Contrairement au DOS, Xenix exploitait parfaitement le mode protégé du 80286.
  • Il permettait de transformer un seul IBM AT en un système multi-utilisateurs où plusieurs personnes pouvaient travailler simultanément via des terminaux reliés aux ports série.

4. La montée en puissance des logiciels « Poids Lourds »

L’AT a permis l’explosion de logiciels qui étaient trop à l’étroit sur le premier PC :

  • dBase III PLUS : La gestion de bases de données devient fluide.
  • AutoCAD : Le premier logiciel de dessin industriel qui trouvait enfin une machine abordable pour tourner.
  • Lotus 1-2-3 (Release 2) : Le tableur devient l’outil indispensable des directions financières grâce à la vitesse de calcul de l’AT.

Pourquoi c’est important ?

Le « péché originel » de l’IBM AT est d’avoir utilisé un processeur (le 80286) qui a été rendu obsolète par le 80386 avant même que les logiciels ne sachent l’utiliser correctement. C’est ce qui a permis à Windows 3.0 (quelques années plus tard) de devenir le standard en se concentrant sur le processeur suivant.

L’année 1984 est considérée comme l’une des plus importantes de l’histoire de l’informatique. Alors que l’IBM PC AT (5170) visait le sommet de la pyramide professionnelle, d’autres machines révolutionnaires voyaient le jour pour des publics totalement différents.

Voici une comparaison des forces en présence en 1984 :

1. Le Duel des Géants : IBM PC AT vs Apple Macintosh

C’est l’opposition de deux visions du monde.

CaractéristiqueIBM PC AT (5170)Apple Macintosh (128K)
PhilosophiePuissance brute et expansion.Convivialité et interface graphique (GUI).
InterfaceLigne de commande (DOS).Souris et fenêtres (Système 1).
ProcesseurIntel 80286 (6 MHz).Motorola 68000 (8 MHz).
ÉcranExterne (souvent monochrome ou EGA).Intégré (monochrome 9″).
Prix initial~4 000 $à 6 000$.2 495 $.
Public cibleEntreprises, ingénieurs, finance.Créatifs, éducation, grand public.

L’anecdote : C’est cette année-là qu’Apple a diffusé sa célèbre publicité « 1984 » lors du Super Bowl, dépeignant IBM comme un « Big Brother » totalitaire que le Macintosh venait renverser.


2. Le marché familial et ludique

Pendant que l’AT s’installait dans les bureaux, d’autres machines conquéraient les salons :

  • Amstrad CPC 464 : Lancé en juin 1984, il a cartonné en Europe (surtout en France et Angleterre). Son concept « tout-en-un » (clavier avec magnétophone intégré + moniteur fourni) offrait un rapport qualité/prix imbattable face à la complexité coûteuse d’un IBM.
  • Tandy 1000 : Le « meilleur clone » de l’année. Il a repris les capacités graphiques et sonores de l’IBM PCjr (le grand échec d’IBM en 1984) mais dans un format compatible PC standard. Il est devenu l’ordinateur familial de référence aux États-Unis.
  • Commodore Plus/4 : Une tentative de Commodore pour séduire les professionnels avec des logiciels intégrés (traitement de texte, tableur), mais qui fut un échec commercial face au succès massif de leur propre Commodore 64.

3. Synthèse de l’année 1984

MachinePoint FortPoint Faible
IBM PC ATLa puissance du futur (standard 16 bits).Prix exorbitant pour un particulier.
MacintoshLa révolution de la souris et des icônes.Très peu de RAM (128 Ko) et circuit fermé.
Amstrad CPCPrix bas, simplicité « Plug & Play ».Technologie 8 bits déjà vieillissante.
Tandy 1000Meilleur pour le jeu (16 couleurs, son 3 voix).Moins puissant que l’AT pour le calcul pur.

Pourquoi l’IBM AT a quand même gagné ?

Même si le Macintosh était plus « moderne » visuellement et l’Amstrad plus « abordable », l’IBM AT a gagné la guerre du standard. En permettant aux autres constructeurs de copier son architecture (bus ISA, BIOS), il a créé un écosystème géant.

En résumé : 1984 est l’année où Apple a inventé l’informatique moderne (GUI/Souris), mais où IBM a imposé la structure de l’industrie (le PC compatible).

Pour comprendre le succès de l’IBM PC 5150, il faut regarder au-delà de sa carcasse beige. Ce sont ses logiciels qui ont transformé cette machine coûteuse en un outil indispensable.

À l’époque, le 5150 était souvent vendu avec le PC-DOS 1.0 et le langage IBM BASIC (intégré en ROM). Voici les programmes qui ont marqué son histoire :


1. Les « Killer Apps » (Logiciels de productivité)

Ce sont les logiciels pour lesquels les entreprises étaient prêtes à dépenser des milliers de dollars.

  • Lotus 1-2-3 (1983) : LA raison du succès fulgurant d’IBM. Ce tableur était tellement plus rapide que ses concurrents qu’il a rendu l’IBM PC obligatoire dans toutes les directions financières.
  • VisiCalc : Le premier tableur au monde (né sur Apple II) a été porté sur le 5150 dès son lancement.
  • WordStar : Le standard du traitement de texte au début des années 80. Très complexe (commandes au clavier uniquement), il a dominé le marché avant l’arrivée de WordPerfect.
  • dBase II : Le premier système de gestion de base de données sérieux pour micro-ordinateur.
  • The Norton Utilities (1982) : Créé par Peter Norton, ce pack permettait de « ressusciter » des fichiers effacés par erreur, une bouée de sauvetage pour les professionnels.

2. Les Jeux Vidéo (L’ère CGA)

Bien que conçu pour le bureau, le 5150 a vu naître des classiques, souvent limités aux 4 couleurs de la carte graphique CGA (Noir, Cyan, Magenta, Blanc).

  • Microsoft Flight Simulator 1.0 (1982) : Une prouesse technique pour l’époque. Il servait souvent de test de compatibilité : si votre « clone » faisait tourner Flight Simulator, il était considéré comme un « vrai » compatible PC.
  • Digger (1983) : Un clone survitaminé de Dig Dug. C’est l’un des jeux les plus fluides sur le processeur 8088 original.
  • Alley Cat (1984) : Un jeu d’arcade culte où l’on incarne un chat de gouttière. Ses graphismes et ses sons exploitaient le 5150 au maximum.
  • Zork I : Un jeu d’aventure entièrement textuel. Pas besoin de graphismes quand l’imagination suffit à explorer « The Great Underground Empire ».
  • King’s Quest (1984) : Bien qu’optimisé pour le PCjr, ce jeu a révolutionné le genre avec ses graphismes animés.
  • Donkey (1981) : Co-écrit par Bill Gates lui-même lors d’une nuit blanche, ce petit jeu de voiture était inclus avec les premières versions de DOS.

3. Langages et Outils de Développement

Le 5150 était un paradis pour les premiers programmeurs PC.

  • IBM BASIC (A / D / Cassette) : Inclus avec la machine. Beaucoup d’utilisateurs tapaient leur propre code à partir de listings trouvés dans des magazines.
  • Turbo Pascal (1983) : Créé par Anders Hejlsberg (Borland), il était incroyablement rapide et a permis à toute une génération d’apprendre la programmation structurée.
  • AutoCAD (1982) : La première version de ce logiciel de dessin industriel tournait sur le 5150, changeant à jamais le métier d’architecte.

Résumé du parc logiciel

CatégorieLogiciel de référenceImpact
BureauLotus 1-2-3A légitimé le PC en entreprise.
SystèmePC-DOS 1.0 / 2.0A lancé l’empire Microsoft.
JeuFlight SimulatorEst devenu le « benchmark » du PC.
GraphismeAutoCAD 1.0A prouvé que le PC pouvait être une station de travail.

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