] MACHINESMicro-ordinateurL’Amstrad CPC

L’Amstrad CPC

  • FABRICANT Amstrad
  • TYPE Micro-ordinateur
  • ANNÉE 1984
  • PAYS 🇬🇧 Royaume-Uni
NIVEAU DE RARETÉ
★★☆☆☆
Prix actuel : 150€
DESCRIPTION

PRÉSENTATION

Le Champion Européen des Ordinateurs 8 Bits

Introduction : Le Concept Tout-en-Un

L’Amstrad CPC (Colour Personal Computer), lancé en juin 1984 par l’entrepreneur britannique Alan Sugar, a révolutionné le marché européen avec un concept simple mais brillant : un ordinateur complet et prêt à l’emploi vendu à un prix imbattable.

Là où les concurrents (Commodore 64, ZX Spectrum) vendaient juste l’ordinateur, Amstrad fournissait tout dans la boîte : clavier, unité centrale, moniteur couleur, et magnétophone ou lecteur de disquette intégrés. Brancher et jouer, sans acheter de périphériques supplémentaires.

Le CPC a dominé la France, l’Espagne, et une partie du Royaume-Uni entre 1984 et 1990. C’était l’ordinateur familial par excellence, celui de toute une génération d’Européens.

Contexte Historique

Créateur : Alan Sugar (Amstrad – Alan Michael Sugar TRADing)

Date de lancement : Juin 1984 (CPC 464)

Positionnement : Ordinateur familial tout-en-un, concurrent du Commodore 64 et ZX Spectrum

Objectif : Démocratiser l’informatique familiale avec un package complet à prix accessible

Ventes totales : ~3 millions d’unités (toutes versions CPC confondues)

La philosophie d’Alan Sugar : « Les gens veulent un ordinateur qui fonctionne en sortant de la boîte, pas un puzzle à assembler. » Cette approche a fait d’Amstrad un géant en Europe, même si la marque n’a jamais percé aux États-Unis.

Les Modèles de la Gamme CPC

CPC 464 (1984-1990)

Le modèle fondateur qui a tout changé.

Configuration :

• Processeur : Zilog Z80A @ 4 MHz

• RAM : 64 Ko

• Stockage : Magnétophone intégré (K7 cassette)

• Affichage : 3 modes (160×200/4c, 320×200/4c, 640×200/2c)

• Son : AY-3-8912 (3 canaux)

• Moniteur : CTM644 couleur (14″) ou GT65 monochrome vert

• Prix : 2 990 FF (France, 1984) ≈ 450 € actuels

Innovations : Clavier professionnel (touches mécaniques), magnétophone intégré de qualité, design compact élégant. Le package complet (ordinateur + moniteur couleur + magnéto) coûtait moins cher qu’un Commodore 64 seul.

CPC 664 (1985)

Le modèle disquette (courte durée de vie).

Configuration :

• Identique au CPC 464

• Stockage : Lecteur de disquette 3″ (Hitachi) intégré

• Format disquette : 3 pouces (178 Ko face simple)

• Prix : Plus cher que le 464 (~3 990 FF)

Problème : Le format de disquette 3 pouces (rare) était incompatible avec le standard 3,5″ qui émergeait. Amstrad a vite compris l’erreur et sorti le CPC 6128 la même année. Le 664 a été arrêté après seulement 6 mois de production. Modèle rare aujourd’hui.

CPC 6128 (1985-1990)

Le modèle ultime de la gamme classique.

Configuration :

• Processeur : Zilog Z80A @ 4 MHz

• RAM : 128 Ko (vs 64 Ko sur 464/664)

• Stockage : Lecteur de disquette 3″ intégré

• BASIC : Locomotive BASIC 1.1 (amélioré)

• Banques RAM : Gestion mémoire paginée (8 banques × 16 Ko)

• Prix : ~4 500 FF (1985)

Pourquoi 128 Ko ? La RAM supplémentaire permettait des jeux plus gros, des logiciels professionnels (traitement de texte, bases de données), et surtout le CP/M Plus (système d’exploitation professionnel). Le 6128 était la machine des développeurs et des utilisateurs avancés.

CPC 464+ et 6128+ (1990)

Les modèles « Plus » avec chipset amélioré.

Nouveautés :

• Chipset ASIC : Sprites matériels (16 sprites), scrolling hardware

• Palette : 4096 couleurs (vs 27 sur CPC classique)

• DMA : Transferts mémoire rapides

• Port cartouches : Jeux en ROM (chargement instantané)

• Joystick : 2 ports Atari-style

• Design : Boîtier gris/noir moderne, clavier redessiné

Problème : Lancés en 1990, les CPC+ arrivaient trop tard. Le marché 8 bits s’effondrait face aux 16 bits (Amiga, Atari ST, Mega Drive). Peu de jeux exploitaient le nouveau chipset. Échec commercial : ~100 000 unités vendues seulement.

GX4000 (1990)

La console dérivée du CPC+.

Configuration :

• Même chipset que CPC 464+

• Format console (pas de clavier)

• Cartouches uniquement (pas de cassettes/disquettes)

• 2 manettes incluses

• Prix : 999 FF (France)

Échec total : La GX4000 arrivait face à la Mega Drive, la Super Nintendo, et la Game Boy. Technologie 8 bits contre 16 bits. Catalogue de jeux ridicule (~30 cartouches). Arrêtée après 6 mois. Considérée comme l’un des plus gros flops de l’histoire du jeu vidéo.

Tableau Comparatif des Modèles CPC

ModèleRAMStockageChipsetPrix (lancement)Période
CPC 46464 KoMagnétophoneStandard2 990 FF1984-1990
CPC 66464 KoDisquette 3″Standard3 990 FF1985 (6 mois)
CPC 6128128 KoDisquette 3″Standard4 500 FF1985-1990
CPC 464+64 KoMagnétophoneASIC Plus2 490 FF1990
CPC 6128+128 KoDisquette 3″ASIC Plus3 490 FF1990
GX400064 KoCartouchesASIC Plus999 FF1990 (6 mois)

Spécifications Techniques Détaillées

ComposantSpécificationRemarques
ProcesseurZilog Z80A @ 4 MHzCPU 8 bits standard (même que ZX Spectrum)
RAM64 Ko (464/664) ou 128 Ko (6128)Extensible via port d’extension
ROM32 Ko (BASIC + firmware)Locomotive BASIC intégré
AffichageGate Array custom3 modes graphiques
Mode 0160×200 en 16 couleursJeux colorés, sprites
Mode 1320×200 en 4 couleursStandard (équilibre graphisme/couleur)
Mode 2640×200 en 2 couleursHaute résolution (texte, dessin)
Palette27 couleursPalette fixe (vs 16 sur C64)
SonAY-3-8912 (General Instrument)3 canaux PSG, mono
Clavier70 touches mécaniquesQualité professionnelle
PortsExpansion, Imprimante, JoystickPort cartouche sur +
AlimentationExterne (brick)Fiable

Points Forts de l’Amstrad CPC

1. Le Concept Tout-en-Un

Révolutionnaire : Un seul package avec ordinateur + moniteur + magnéto/disquette. Brancher et jouer. Pas besoin d’acheter un téléviseur, un magnétophone externe, ou des câbles. Simplicité absolue.

2. Le Clavier Professionnel

Le clavier du CPC était bien meilleur que celui du Commodore 64 ou du ZX Spectrum. Touches mécaniques confortables, frappe agréable. Idéal pour la programmation BASIC et le traitement de texte.

3. Le Moniteur Couleur Intégré

Le CTM644 (14 pouces) offrait une image nette et stable comparé aux téléviseurs de l’époque. Connecté en RGB, la qualité d’affichage était supérieure au C64 (composite). Pour les jeux, le dessin, et la programmation, c’était parfait.

4. Le Magnétophone de Qualité

Le magnétophone intégré du CPC 464 était fiable et rapide. Chargement moyen : 3-5 minutes (vs 5-10 minutes sur Spectrum). Mécanisme robuste, peu de problèmes de chargement.

5. Le BASIC Locomotive

Le Locomotive BASIC était excellent pour apprendre la programmation. Commandes graphiques intégrées (DRAW, PLOT, MOVE), gestion son (SOUND, ENV), documentation claire. Des milliers d’enfants ont appris à coder sur CPC.

6. Le Rapport Qualité/Prix

2 990 FF (1984) pour un système complet (ordinateur + moniteur couleur + magnéto). Le Commodore 64 seul coûtait 2 500 FF, et il fallait ajouter un téléviseur (3000+ FF) et un magnétophone (500 FF). Le CPC était imbattable.

Points Faibles / Critiques

1. Le Son Mono

Le CPC avait un son mono (1 seul haut-parleur dans le moniteur). Le Commodore 64 avec sa puce SID était largement supérieur. Les musiques CPC étaient correctes mais jamais exceptionnelles.

2. La Palette de 27 Couleurs

27 couleurs, c’était bien, mais la palette fixe limitait la créativité. Pas de nuances subtiles. Les couleurs étaient « flashy » et parfois criardes. Le spectre de couleurs du CPC était reconnaissable au premier coup d’œil.

3. Le Format de Disquette 3 Pouces

Le choix du 3 pouces (Hitachi) était une erreur stratégique. Format propriétaire, cher, peu répandu. Quand le 3,5″ est devenu le standard mondial, les possesseurs de CPC étaient coincés avec un format mort.

4. Pas de Sprites Matériels

Le CPC n’avait pas de sprites matériels (sauf sur +). Tout était géré par le CPU. Conséquence : scrolling saccadé, sprites clignotants, ralentissements. Les jeux d’action rapides étaient difficiles à réaliser proprement.

5. Échec aux États-Unis

Le CPC n’a jamais percé aux États-Unis. Amstrad n’a pas su s’adapter au marché américain. Résultat : quasi inexistant outre-Atlantique, le CPC était purement européen.

Les Jeux Légendaires du CPC

Plates-formes

Gryzor (Contra) (1987) – Ocean / Konami

Portage de l’arcade Contra. Run & gun ultra-nerveux. Graphismes détaillés, difficulté hardcore. Un des meilleurs jeux d’action du CPC.

Rick Dangerous (1989) – Core Design

Plate-forme/aventure style Indiana Jones. Pièges mortels, timing précis, humour british. Culte absolu. Suite (Rick Dangerous 2) encore meilleure.

Ghosts ‘n Goblins (1986) – Elite

Portage de l’arcade Capcom. Arthur en armure contre les morts-vivants. Difficulté légendaire, graphismes colorés.

Aventure et Exploration

La Abadía del Crimen (1987) – Opera Soft

Chef-d’œuvre espagnol inspiré du Nom de la Rose. Vue isométrique, enquête médiévale, IA avancée. Graphismes somptueux. Un des plus beaux jeux CPC.

Head Over Heels (1987) – Ocean

Aventure isométrique. Contrôle de 2 personnages (Head et Heels) avec capacités différentes. Puzzles, exploration, salles interconnectées. Innovation majeure.

Get Dexter (1986) – ERE Informatique

Jeu d’aventure français. Exploration, énigmes, combat. Graphismes colorés, ambiance BD franco-belge.

Shoot’em Ups

R-Type (1988) – Electric Dreams

Portage de l’arcade Irem. Shoot horizontal légendaire. Graphismes détaillés, boss gigantesques. Exploit technique sur CPC.

1942 (1986) – Elite

Shoot vertical Capcom. Avion de chasse WWII. Simple mais addictif.

Ikari Warriors (1988) – Elite

Run & gun vertical. 2 soldats contre une armée. Explosions, armes lourdes. Version CPC correcte.

Course et Sport

Turbo Esprit (1986) – Durell

Course de voitures en ville ouverte. Police vs bandits. Graphismes 3D filaires. Innovant pour l’époque.

Daley Thompson’s Decathlon (1984) – Ocean

Simulation de décathlon. Frapper les touches rapidement pour courir/sauter. A détruit des milliers de claviers CPC.

Stratégie

Laser Squad (1988) – Target Games / Julian Gollop

Tactique au tour par tour. Précurseur de X-COM. Escouades, armes, couverture. Profondeur stratégique énorme.

Civilization (1992) – MicroProse

Portage du chef-d’œuvre de Sid Meier. Construire un empire de l’âge de pierre à l’ère spatiale. Version CPC jouable malgré les limitations.

Logiciels Professionnels et Utilitaires

Traitement de Texte

Protext (Arnor)

Le traitement de texte de référence sur CPC. WYSIWYG basique, correcteur orthographique, exportation imprimante. Utilisé dans les petites entreprises et écoles.

Tasword 6128 (Tasman)

Alternative à Protext. Interface simple, formats d’exportation multiples.

Bases de Données et Tableurs

Supercalc (Sorcim)

Tableur professionnel. Formules, graphiques, macros. Utilisé pour la comptabilité de petites structures.

Mallard BASIC (Locomotive)

Compilateur BASIC. Transformait le code BASIC en exécutable Z80 rapide. Essentiel pour les développeurs.

Graphisme

Advanced OCP Art Studio (1986)

Logiciel de dessin bitmap. Outils de peinture, zoom, palette. Utilisé pour créer des écrans de jeux.

3D Construction Kit (1991) – Incentive / Freescape

Créateur de jeux 3D. Construire des univers 3D vectoriels sans coder. Révolutionnaire.

Système d’Exploitation Professionnel

CP/M Plus (Digital Research)

Fourni avec le CPC 6128. Système d’exploitation professionnel 8 bits. Accès à des milliers de logiciels CP/M (Wordstar, dBase, etc.). Transformait le CPC en machine de bureau.

1984-1985 : La Guerre des 8 Bits Européens

MachinePrixCPURAMGraphismesSonPoint Fort
Amstrad CPC 4642 990 FFZ80 @ 4 MHz64 Ko27 couleurs3 canaux monoTout-en-un
Commodore 642 500 FF (seul)6510 @ 1 MHz64 Ko16 couleurs3 canaux stéréo SIDSon exceptionnel
ZX Spectrum 1281 990 FFZ80 @ 3,5 MHz128 Ko16 couleurs3 canauxPrix bas
MSX (Philips)2 500 FFZ80 @ 3,58 MHz64 Ko16 couleurs3 canauxStandard universel
Thomson MO52 490 FF6809 @ 1 MHz48 Ko16 couleurs1 canalPlan Informatique Pour Tous

Résultat en Europe : Le CPC a dominé la France (40% du marché 8 bits en 1986) et l’Espagne. Le C64 dominait le Royaume-Uni et l’Allemagne. Le Spectrum était roi en Europe de l’Est (clones). Chaque pays avait son champion.

La Scène Démo CPC

Le CPC avait une scène démo active, surtout en France et en Espagne. Les demomakers repoussaient les limites du hardware : effets 3D, scrolling fluide, musiques complexes.

Démos Légendaires

Batman Forever (Logon System, 1995)

Démonstration technique ultime. Effets 3D, overscan, synchronisation parfaite. A prouvé que le CPC pouvait rivaliser avec les 16 bits en pure technique.

Chase Him (Eliot, 1994)

Démo musicale avec tracker 8 voix. Exploit sonore sur la puce AY 3 canaux.

Relentless (Vanity, 2015)

Démo moderne créée en 2015. Prouve que la scène CPC est toujours vivante.

L’Amstrad CPC Aujourd’hui (2025)

Communauté Vivante

Le CPC bénéficie d’une communauté passionnée, surtout francophone. Forums actifs (CPCRulez, CPC-Power), conventions (RetroPulsive, Pixel Museum), préservation des logiciels.

Émulateurs

• WinAPE : Émulateur Windows ultra-précis, debugger intégré

• JavaCPC : Émulateur multiplateforme (Java)

• Caprice32 : Émulateur open-source

• RetroArch : Support CPC via core libretro

Matériel Moderne

M4 Board (Duke)

Carte SD pour CPC. Remplace magnétophone et disquette. Charge des milliers de jeux depuis une carte SD. Indispensable.

SYMBiFACE II

Interface multifonction : horloge temps réel, ROM switchable, port PS/2 souris, IDE. Transforme le CPC en machine moderne.

CPC464 Mini / TheC64 Mini

Clones commerciaux miniatures avec émulation logicielle et jeux préinstallés.

Nouveaux Jeux (2020-2025)

• Sgt. Helmet Training Day (2021) : FPS expérimental

• Outlaws (2022) : Shoot’em up western

• Pinball Dreams (2023) : Flipper photoréaliste

• Hibernated (2024) : Aventure textuelle graphique

Conclusion : Le Champion d’Europe

Ses Réussites

• Concept tout-en-un révolutionnaire

• Clavier professionnel de qualité

• Moniteur couleur intégré (qualité RGB)

• Rapport qualité/prix imbattable

• Domination en France et Espagne (1984-1990)

• ~3 millions d’unités vendues

Ses Limites

• Son mono (inférieur au SID du C64)

• Pas de sprites matériels (scrolling difficile)

• Format disquette 3″ propriétaire

• CPC+ et GX4000 : échecs commerciaux (1990)

• Jamais percé aux États-Unis

Son Héritage

L’Amstrad CPC a marqué toute une génération d’Européens. C’était l’ordinateur des familles, celui qu’on trouvait dans les salons français, espagnols, britanniques. Alan Sugar a démocratisé l’informatique en Europe avec un concept simple mais génial : tout dans la boîte.

« Le CPC était l’ordinateur qui ne posait pas de questions : tu le branchais, et il marchait. »

— Alan Sugar, fondateur d’Amstrad

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